3. PAR LES BLÉS
DESIGN PARADE TOULON 2024
Comissariat Martin Lichtig
Il existe d’autres manières de raconter le territoire. Elles sont différentes de celles d’hier, des paysages cadrés et figés, de quelques points de vue incontournables, éprouvés. À un unique récit, réduit et reproduit en tableaux et cartes postales, répliquent d’autres voix. Celles de ces artistes se révèlent ici d’autant plus singulières qu’elles participent de la relativisation d’un mythe, peut-être d’un mirage, en l’occurrence celui du Sud, de la Provence, du littoral et de l’arrière-pays méditerranéens. Au premier rang de ces autres manières de raconter le territoire, il y a peut-être d’abord d’autres manières d’être vis-à-vis de lui.
L’investigation tend parfois à l’introspection. Ni les chemins empruntés, ni les regards portés ou les objets collectés ne prétendent alors à l’objectivité ou ne relèvent d’une science exacte du territoire. À l’inverse, ces choix révèlent autant d’attentions particulières dirigées le plus souvent vers des fragments significatifs (une carrière, un port, un tas de gravats) mais également vers des fragments, a priori aussi triviaux qu’une terre, investis d’une nouvelle signification. Ainsi, le fragment d’un territoire commun est associé à un souvenir intime et, de fait, en capacité de le réactiver. Ces fragments, considérés un temps seulement pour eux-mêmes, constituent finalement des accès, voire des liens, privilégiés à l’écosystème dont ils ont été extraits pour nous permettre de nous y retrouver. Et, à travers eux, les cimaises et autres pans de mur opaques se font portes ouvertes sur un territoire reformulé, subjectif, de nouvelles géographies.