INFO
L’œuvre prend la forme d’une installation en céramique accompagnée d’une publication : des émulsions photographiques réalisées à partir de substances récoltées localement dans le loch (plantes, algues, terre, cendres) sont utilisées pour capturer les paysages écossais. Elles révèlent une esthétique de l’imprévisibilité, où des processus organiques (oxydation, fermentation) façonnent les images en co-création. Des photographies sténopé et argentiques, développées avec des solutions d’algues et de plantes endémiques ou invasives, explorent les transformations imprévisibles de la matière. Réalisées sans appareil ou prises de nuit au flash, ces images s’éloignent de l’artialisation et des représentations traditionnelles du littoral écossais.
Les sculptures, fabriquées à partir de matériaux récoltés à marée-basse le long de Loch-Long : argile sauvage, pierre ponce, tessons de céramique, métal oxydé, évoquent des artefacts anciens, cruches ou outils agricoles, détournés en objets ambigus, oscillant entre violence et réparation. Les formes en sont hybrides : mélange de rocailles minérales ou fomes organiques fongiques ou démoniaques, émaillées avec des cendres végétales, volcaniques, ou de coquillages. Des moules perlières trouvées dans le loch viennent parfaire le tableau, et nous plongent à mi-chemin entre le réel et le conte de fée. Les sculptures, exposées dans les paysages sauvages de l’Écosse à la géologie si particulière, établissant un dialogue entre les objets évocateurs et les écosystèmes organiques dans lesquels ils sont placés : les processus naturels les englobant petit à petit au fil du temps de leurs mousses, algues, champignons et autres organismes vivants.
Daemonologie cherche à révéler comment les métaphores violentes de la science moderne ont façonné notre rapport au monde tout en ouvrant la voie à une réinvention de ces liens. Le paysage écossais, avec ses côtes abruptes et ses connexions mythologiques à des forces féminines telles que la Cailleach, devient un terrain fertile pour ces réflexions. La tension entre la présence militariste de Faslane et la mémoire culturelle de ces paysages renforce les thématiques du projet. Les œuvres ne proposent pas de solution, mais créent un espace de confrontation : elles présentent une nature sensible, chaotique, autonome et nous invitent à reconnaître l’altérité du vivant, plutôt qu’à chercher à le dominer.