AUTODIDAXIE

07 — 2021

avec Léa Bigot

Au dernier étage de Buropolis, isolées à 35 m de hauteur, Léa Bigot et Violaine Barrois se livrent à une résidence de création expérimentale qui interroge le design par la pratique artistique. Autodidaxie est un projet de recherche formelle et matérielle, une exploration où la méthode académique aurait été abandonnée en faveur d’une approche émotionnelle et intuitive de la matière et de l’espace. Dans une position libre et revendiquée de non-connaissance, les deux artistes tordent les usages et les élements familiers de l’architecture domestique dans un langage joyeux, décomplexé, absurde et poétique. Jeu ou laboratoire ? Les seules règles sont les contraintes matérielles – aussi essentielles que la pure expressivité, comme si des unes dépendait la libération de l’autre. Utiliser seulement des matériaux bruts, non-transformés, se concentrer sur un matériau à la fois pour donner forme à des objets mono-matière, avoir à disposition une gamme très limitée d’outils non-professionnels. L’expérience est limpide et reproductible.

Autodidaxie est aussi, et peut-être avant tout, une rencontre, un croisement de personnalités que seulement un lieu comme Buropolis aurait pu faire naître.
Partant d’un postulat commun sur la porosité entre Art et design, les deux artistes se questionnent sur la place de l’Art dans le quotidien, l’une travaille les matériaux jusqu’à leur épuisement, un par un, les amène à une essence formelle et construit un véritable répertoire formel. L’autre part de considérations sur l’espace, l’ambiance et les nécessités domestiques pour se livrer à un geste formel qui est tout aussi définitif qu’unique.  Par la cohabitation, le travail commun et le partage d’un même espace, le rapprochement s’opère. Elles travaillent par échos formels, se racontent l’histoire imaginaire d’une femme en autarcie qui serait leur avatar et ce récit commence à soutenir les objets et à les lier entre eux. Les pièces construites à quatre mains représentent l’aboutissement de ce parcours d’un mois. La partie performative de cette experience - la compression radicale du processus créatif sur la periode donnée et le rapport direct et physique à la matière dans ce terrain d’expérimentation -, relèvent de l’endurance physique et engagent une mobilisation totale constante. Il n’y a plus que les corps des deux artistes, les matériaux et la lutte contre la gravité. L’urgence à créer.  

Le plaisir de faire et d’explorer guide leurs mains en des gestes qui refusent la technicité, le parfait et le bien fini. Les objets qu’elles créent sortent des cadres traditionnels du design, ils sont fragiles, inutilisables, impossible à déplacer. Le couteau ne coupe pas, la table est molle, la chaise ne tient pas : nous les reconnaissons comme des objets de notre quotidien, nous savons les lire, mais ils ne sont que les souvenirs intimes d’objets dont la forme était déterminée par la fonction. Leur caractéristique première est leur défaillance face aux standards productivistes, leur fondamentale invendabilité, leur refus profond de la reproductibilité capitaliste. Un design de l’instinct sans volonté de civilisation qui devient impossible à industrialiser.


🄯 2024
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