A PORTRAIT OF THE ARTIST AS A YOUNG WOMAN

09 — 2023



Pour sa première exposition personnelle, Violaine Barrois aborde l’espace domestique, un thème fort de sa pratique artistique, se concentrant cette fois non pas sur son architecture, mais sur les relations et les histoires qu’il contient. Dans ce récit d’autofiction, elle évoque le retour au village, sa relation au féminisme et à la création en tant que femme. Elle crée pour l’occasion des œuvres qui sont autant de systèmes d'expériences et de souvenirs personnels où le temps a un effet plastique et critique sur la mémoire. Les objets d’un quotidien passé jouent le rôle de nœud émotifs pour une autoréflexion cathartique. Devant les œuvres nous ressentons un mélange de crainte et d'attachement, cette attitude ambiguë que détermine l'approche d'une chose à la fois attirante et dangereuse, prestigieuse et rejetée, cette mixture de respect, de désir et de terreur qui peut passer pour le signe psychologique du sacré. Les souvenirs deviennent précieux dans la mesure où ils sont lointains, alors que, dans le temple mnémonique de l’enfance, les objets se floutent jusqu’à l’effacement.  

Dans cette exposition introspective, les œuvres sont petites et intimes, imprégnées de symboles personnels qui sont autant de clefs vers un passé si individuel qu’il devient commun et partageable. Elles évoquent la rupture toujours réactualisée entre mémoire et avenir, entre un individu et sa lignée : se démarquer, en faire partie ou rompre ?  Partir, rester, (ne jamais) revenir. Se tourner en arrière au risque de devenir une statue de sel. Abordant des sujets comme la disparition de sa mère ou la cécité de son père, Violaine nous montre comment les évènements personnels ont un impact sur notre vie sensible et émotive. Elle compare son corps, sa présence physique et sa scansion froide et hypnotique, à celui absent de sa mère qui, donnant son corps à la science, a exclu la possibilité d’un tombeau sur lequel se recueillir. Tout objet qu’elle aurait touché devient alors une relique, la marque du passage sur Terre d’une personne extraordinaire. La manière de ne pas disparaitre. Cette méditation sur le deuil est accompagnée d’une réflexion sur la dualité de la création des femmes, une confrontation entre la maternité et la création artistique.

S’emparant de la cécité de son père comme sujet de travail, Violaine souligne comment le handicap n’est jamais quelque chose d’intrinsèque à la personne, mais au contraire qu’il s’agit d’un fait qui se vit en société. Ainsi, ce fait est aussi partie de tous les membres de la famille. Il leur appartient tout autant qu’il les plasme, créant un monde sensible particulier. Mais la cécité est aussi effacement, la vue et la mémoire se liant alors dans leur destin partagé.

Ici s’insère la création sonore de Pierre Pulisciano, une installation multi-sensorielle qui aborde cette question après un long période de travail et de recherche auprès de personnes non-voyantes.  L’artiste travaille par prélèvements contextuels, partant d’une collecte de sons et de témoignages captés sur place, des marqueurs de la vie du village, un son de galoubet, une chorale provençale… il joue avec la réorganisation perceptive et fait un travail de conservation des expériences émotionnelles mettant en tension l’archive et l’affect. Il nous pose la question : quel effet nous fait-il de nous immiscer dans une capsule temporelle ?


🄯 2024
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