CAMELLE

Salin des Pesquiers
Août 2022


Structure non-habitable Ø 5m
Sacs à gravats, sable de plage, canalisation PVC



*La camelle est une pyramide de sel provenant de la réunion de plusieurs javelles. Probablement emprunté au provençal camello proprement «chamelle», puis par image «grand tas, monceau» d'où camello de sau «meule de sel, salorge» (Mistral)
La camelle est une pyramide de sel sur un site salinier. Ayant grandi sur la presqu’île de Giens, ce monticule blanc était un monument emblématique que je cherchais du regard en allant à la crêche. Lors de la fermeture du site d’exploitation en 1995, le monticule a disparu et le conservatoire du littoral a peu après acquis toute la parcelle. Lors de ma résidence, c’est le premier souvenir que je cherchais à réssuciter, comme pour bâtir un édifice à sa mémoire.



Tâchant de reproduire les gestes des ouvriers qui ensachaient le sel, ici même, l’effort d’élévation fût titanesque en plein mois d’août caniculaire. L’assemblage sans mortier est toujours reversible et avec le temps, le sable de plage contenu dans les cent sacs rejoindra le sol, consolidant le double tombolo, phénomène géologique rarissime reliant l’île au continent.



LE TERRITOIRE DU VIDE

Résidence Rouvrir le Monde
avec Niccolò Moscatelli

Salin des Pesquiers
Mai-Juillet-Août 2022



︎︎︎Bâche flotée pendant un mois
︎︎︎Muret en briques du XIXe rongées par le sel



︎︎︎Cairels et parterre de cuir végétal
︎︎︎Eau des salins, dunaliela salina emprisonnée dans des bâches en pvc


Entretenus par l’homme et habité par les oiseaux, les Salins de Hyères brouillent la limite entre nature et culture, entre agentivité humaine et animale. En se concentrant sur les gestes et les pratiques plutôt que les auteurs de ces gestes, nous sortons du cadre de compréhension historique classique pour être davantage en adéquation avec une nouvelle pensée écologique et philosophique postanthropique.



︎︎︎Billots de pin et eucalyptus percés à la manière des canalisations de mélèze qui irrigaient les sites saliniers


︎︎︎Photos prêtées par le département agriculture et alimentation du MUCEM



LE TERRITOIRE DU VIDE

Édition expérimentale
avec Niccolò Moscatelli + Studio A2

︎ DM to order


D’apparence tout blanc avant d’être découpé, l’objet évoque les questions existentielles de nos 3 mois sur le site: Comment évoquer la peur de la page blanche? Le blanc est-il la couleur de l’absence, de l’attente, de la présence? Est-ce la couleur illisible du silence? Comment représenter le soleil aveuglant du mois d’Août sur un lac salé? Couleur ou valeur? maquette en blanc ou imprimé rongé par le soleil? le blanc est une source lumineuse. Moment d’oscillation, il navigue entre la lumière et l’ombre, la matité et la brillance, le visible et l’invisible, le plein et le vide.
La réalisation d’un livre est complémentaire à toutes ces interventions et ajoute un supplément de sens à nos actions. Dans un récit fictionnel imaginé par Niccolò, un personnage feminin raconte l’histoire de notre immersion irréelle dans ce territoire extraordinaire des salins.
Le texte est ponctué de citations issues des lectures de nos recherches de La Conférence des Oiseaux de Farid al-Din Attar aux contes de Grimm de notre enfance.

Couverture insolée / Risographie
30 pages
100 ex.



L’ASCENSION DU MONT VENTOUX

avec Niccolò Moscatelli
Maçonnerie en pierre-sèche
Savoillans
2m x 2m x 2m


Inspiré par la région de roches des Baronnies Provençales, entre la Drôme et les Alpes de Haute-Provence, L’Ascension du Mont Ventoux est une pyramide en pierre sèche, technique sans mortier à liant, hommage à l’architecture endémique des bories et des refuges de bergers. Au pied du versant Nord du Mont Ventoux, la structure rappelle par analogie formelle la montagne et accueille dans son sein les rayons du soleil au zénith. La meurtrière permet d’entrevoir, sans dévoiler, une relique non consacrée qui exprime dans sa matérialité le miracle de la lumière et de sa puissance.

︎︎︎ Scan 3D de la pièce sur le sentier


Forme de dévotion au monde, cet autel existe entre la nature et la culture de ces lieux et souligne leur parfaite interdépendance.




AUTODIDAXIE
avec Léa Bigot

Autodidaxie est un projet de recherche formelle et matérielle, une exploration où la méthode académique aurait été abandonnée en faveur d’une approche émotionnelle et intuitive de la matière et de l’espace. Dans une position libre et revendiquée de non-connaissance, les deux artistes tordent les usages et les élements familiers de l’architecture domestique dans un langage joyeux, décomplexé, absurde et poétique. Par la cohabitation, le travail commun et le partage d’un même espace, le rapprochement s’opère. Elles travaillent par échos formels, se racontent l’histoire imaginaire d’une femme en autarcie qui serait leur avatar et ce récit commence à soutenir les objets et à les lier entre eux. Les pièces construites à quatre mains représentent l’aboutissement de ce parcours d’un mois.
Jeu ou laboratoire ? Les seules règles sont les contraintes matérielles – aussi essentielles que la pure expressivité, comme si des unes dépendait la libération de l’autre. Utiliser seulement des matériaux bruts, non-transformés, se concentrer sur un matériau à la fois pour donner forme à des objets mono-matière, avoir à disposition une gamme très limitée d’outils non-professionnels. L’expérience est limpide et reproductible.







Le couteau ne coupe pas, la table est molle, la chaise ne tient pas : nous les reconnaissons comme des objets de notre quotidien, nous savons les lire, mais ils ne sont que les souvenirs intimes d’objets dont la forme était déterminée par la fonction. Leur caractéristique première est leur défaillance face aux standards productivistes, leur fondamentale invendabilité, leur refus profond de la reproductibilité capitaliste. Un design de l’instinct sans volonté de civilisation qui devient impossible à industrialiser. 

La partie performative de cette experience - la compression radicale du processus créatif sur la periode donnée et le rapport direct et physique à la matière dans ce terrain d’expérimentation -, relèvent de l’endurance physique et engagent une mobilisation totale constante. Il n’y a plus que les corps des deux artistes, les matériaux et la lutte contre la gravité. L’urgence à créer.


CINQ MÊTRES CUBES

Borie aveugle ø 2m
Pierres sèches de provence

L’action humaine est toujours tiraillée de façon imperceptible entre le besoin de répondre aux besoins primaires, communs à tous les animaux, et le désir de représentation du monde, propre à l’être humain. Le besoin fondamental de se protéger, de trouver refuge, s’accompagne toujours du désir d’y représenter le monde, auquel il est lié par un mythe.  CINQ MÊTRES CUBES est une installation reprenant la technique provençale endémique de la pierre-sèche sans aucun mortier ni liant. Système constructif non industrialisable qui utilise la pierre locale, matériau naturel, sain, de réemploi. Ici une pierre d’épierrage des vignobles de Bandol voisins.  



Hybrid’Art 2022
Centre d’Art Fernand Léger

CINQ MÊTRES CUBES explore les rapports entre espace, espace d’exposition et architecture endémique. Isolée du tissu rural, le lien entre architecture et ville se rompt fatalement. Je confère à la Borie un caractère d’objet, d’artefact éloigné du caractère proprement architectural. Je mets en place un “cadre social de la mémoire” relatif à l’espace et au temps, un système global du passé qui permette la remémoration individuelle et collective. CINQ MÊTRES CUBES prend pleinement sa qualité d’oeuvre artistique sans perdre sa valeur de témoignage.











FRAGILE PERMANENT

avec Niccolò Moscatelli
Puy-St-André
2m x 2m x 1m


Au milieu d’un clapier comme beaucoup d’autres dans cette vallée, un creux s’installe en silence. Une intervention des plus simple, un vide, la contre-forme d’un cairn, une vasque faite par extractions et déplacements qui attend la pluie, la neige, la lumière qui souligne sa circonférence. Une structure en pierre sèche qui oppose la pérennité de la roche à la fragilité engendrée par l’absence de liant. Un oxymore. L’œuvre va aussi au de-là de sa dimension sculpturale, elle est un regard porté sur ce pierrier, sur ce point de croisement entre l’immense histoire géologique et l’histoire de l’occupation humaine de ce territoire. Chaque pierre raconte une histoire longue 250 millions d’années, alors que nous avons encore l’impression d’entendre le bruit des cailloux qui cognent entre eux, lancés un par un par des générations d’agriculteurs. Pendant la réalisation de l’œuvre, le pierrier a été nettoyé, le mur qui le sépare des champs reconstruit, comme pour prendre soin de cette œuvre collective qui dépassera toujours l’intervention des artistes.


CHAMBORD LE GRAND ESCALIER

L’installation en briques sèches le grand escalier réinterprète librement et avec humour - et une pointe de saine prétention - l’escalier du château de chambord, comme sorti d’une image dans un livre d’histoire ou d’un souvenir de voyage en famille. Proposition plausible et improbable à la fois, fictive mais bien réelle, à l’instar des non-architectes bâtisseurs et de leurs grands ouvrages. La structure inachevée laisse toute la place aux interprétations de fonction. Armature aveugle ou promesse d’habitat?



POC Festival
Septembre 2021



FRACTIONS

CAC de Briançon
avec Niccolò Moscatelli




Sable roulé 0,4 provenant de la Durance, troncs d’arbres en décomposition
Le monde vivant, le biologique, et le non-vivant, le minéral, suivent les mêmes cycles de naissance, apparition de la forme et décomposition. A la fin de chaque cycle vit la poussière, les atomes primordiales qui se recomposent et ainsi redeviennent forme. Cette vallée est un lieu privilégié pour observer ce cycle. Fractions se place à ce moment juste avant le recommencement, à l’instant où les choses perdent leur identité en attente de la transformation. Les troncs récupérés sur les chemins entre Pierre Feu et Puy-Saint-André sont rongés par les microbes et les termites, digérés par les champignons avant de s’unir à l’humus de la forêt. Le sable mélangé au gravier du lit de la Durance continue sa lente désagrégation pour enfin se poser sur les fonds marins et redevenir roches.


BÉNITIERS SAUVAGES

CAC de Briançon
avec Niccolò Moscatelli



Les pierres qui constituent cette installation ont été trouvées dans le lit du torrent Sacha ou dans ses alentours proches. L’eau et le temps les ont polies et ont laissé sur elles les traces de leur passage : des creux se sont formés naturellement au fil des années. Ces creux ont été élargis à l’aide de ciseaux jusqu’à en faire des véritables bénitiers de roche brute. Il ne s’agit pas d’imposer une forme, mais de continuer son élan initial, d’imiter le travail de l’eau et de son contact patient avec la pierre. Chaque vasque contient de l’eau provenant d’un différent cours d’eau de la vallée, teintée de fluorescéine qui s’illumine à la lumière noire.



Pierres taillées, eau du torrent Sacha, eau de la Durance, eau du Peyra des Merles, eau de canaux communaux, fluorescéine.



Couverture en gypse,
impression SLS (frittage de poudre)
101 pages
Format : 22 x 13 cm
Modèle 3D imprimé sur calque
Dos carré-collé
RUE SAINTE ANNE

Par ses éditions experimentales Violaine Barrois pousse l’objet-livre dans ses retranchements, elle en interroge l’expérience et propose une narration spacio-temporelle nouvelle. Alliant méthodes d’impression traditionnelles et technologie de pointe (impression 3D à frittage de poudre, slicing, encres anti-contrefaçons...), elle matérialise une expérience sensible inédite. Elle redéfinit les limites de la surface d’inscripton de l’image et tente de réactiver l’émotion produite par l’experience de la lecture dans une ère toute digitale. Le papier devient air, pierre, volume, miroir, le texte est dépouillé de ses mots et l’histoire s’écrit à travers les formes, la manipulation, la découverte.





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L’IMMEUBLE ATELIER   12 TRAV. MAGNAN  13003 MARSEILLE