VIOLAINE BARROIS
INFO
La Pourpre de Berre au microscope
1. LA POURPRE DE BERRE

Lauréat de la bourse Anna Polke Foundation & Aide Individuelle à la Création de la DRAC PACA 2026.   


En collaboration avec : Inge Boesken Kanold, Guillaume Marchessaux (IMO – Aix-Marseille Université, CNRS, IRD, membre du conseil scientifique du GIPREB) et Tom Sidaine (Doctorant en philosophie de l’écologie, Aix-Marseille Université, CNRS, UMR 7304 Centre Gilles Gaston Granger)











Exposition Pourpre antique, pourpre en devenir OKHRA, Roussillon.  
Conférence Festival Les couleurs naturelles, Lauris. 
Colloque Territoire Sentinelle, IMVT Marseille.


Lire le projet
Depuis 2024, je mène un projet de recherche-création intitulé La Pourpre de Berre : l'extraction de pourpre non plus à partir d'Hexaplex trunculus, le murex historique, mais à partir de Rapana venosa, un gastéropode invasif originaire du Pacifique nord-ouest, aujourd'hui installé et proliférant dans l'étang de Berre.
Le déplacement n'est pas seulement technique. Là où la pourpre d'Hexaplex trunculus est associée à un manque : une teinture perdue qu'il fallait retrouver, celle de Rapana venosa naît d'un excès : une espèce que l'on cherche justement à réguler. Le philosophe Tom Sidaine, qui accompagne le projet, formule ce basculement comme une dialectique entre éradication et attachement : ce qui commence comme instrument de régulation d'une espèce envahissante devient, par la pratique même de l'extraction, une fin en soi — la rapane cesse d'être seulement une nuisance pour devenir partenaire d'un usage.
S'y ajoute une tension éthique plus large, entre la valeur de l'individu : la mise à mort d'un grand nombre de mollusques, et celle de l'écosystème qu'ils menacent, une tension que je ne cherche pas à résoudre mais à tenir ouverte. En convoquant Augustin Berque et Jakob von Uexküll, Tom Sidaine propose enfin de lire cette pratique comme une tentative de ressaisir une espèce exotique dans un milieu culturel et symbolique méditerranéen : l'intégration comme processus interprétatif, plutôt que comme éradication ou acclimatation silencieuse.
 



Memento mori du Ier siècle av. JC, 
retrouvé lors des fouilles archéologiques de Pompéi, conservé au musée archéologique national de Naples.
À gauche, les vêtements de pourpre et les emblèmes royaux (sceptre, diadème) évoquent la richesse ; à droite, les attributs d'un mendiant (bâton, besace et haillons) font référence à la pauvreté

Pourpre de Rapana venosa




2. LA RÉPUBLIQUE REFLEXE DE L’OURSIN

Parc National de Port-Cros
Fort du Pradeau - Presqu’île de Giens

Avec Tom Sidaine, philosophe de l'environnement 

Soutenu par Voyons Voir


En immersion pendant 5 semaines au coeur du Parc National de Port-Cros, au large de sa ville natale Hyèroise, l'artiste interroge les relations que nous entretenons avec notre environnement et propose une réévaluation de ces liens. Violaine y approfondit une pratique matérialiste ancrée dans la transformation de matériaux naturels en pigments et émaux, L'oeuvre circulaire composée de stèles en grès émaillé avec des cendres, terres et ocres locales, traduit la vision de plusieurs espèces marines et terrestres de la communauté biotique du parc. Ce prisme des visions nous invite à explorer d'autres intériorités, non-humaines.




Émaux de la géologie & flore du territoire provençal : andésite du Rocher de la Garde, ocres du Roussillon, cendres d’eucalyptus de Porquerolles, cendres d’olivier, cuisson au four à bois Sasukenei. 




3. PAR LES BLÉS

DESIGN PARADE TOULON 2024

Comissariat Martin Lichtig

Il existe d’autres manières de raconter le territoire. Elles sont différentes de celles d’hier, des paysages cadrés et figés, de quelques points de vue incontournables, éprouvés. À un unique récit, réduit et reproduit en tableaux et cartes postales, répliquent d’autres voix. Celles de ces artistes se révèlent ici d’autant plus singulières qu’elles participent de la relativisation d’un mythe, peut-être d’un mirage, en l’occurrence celui du Sud, de la Provence, du littoral et de l’arrière-pays méditerranéens. Au premier rang de ces autres manières de raconter le territoire, il y a peut-être d’abord d’autres manières d’être vis-à-vis de lui.
 L’investigation tend parfois à l’introspection. Ni les chemins empruntés, ni les regards portés ou les objets collectés ne prétendent alors à l’objectivité ou ne relèvent d’une science exacte du territoire. À l’inverse, ces choix révèlent autant d’attentions particulières dirigées le plus souvent vers des fragments significatifs (une carrière, un port, un tas de gravats) mais également vers des fragments, a priori aussi triviaux qu’une terre, investis d’une nouvelle signification. Ainsi, le fragment d’un territoire commun est associé à un souvenir intime et, de fait, en capacité de le réactiver. Ces fragments, considérés un temps seulement pour eux-mêmes, constituent finalement des accès, voire des liens, privilégiés à l’écosystème dont ils ont été extraits pour nous permettre de nous y retrouver. Et, à travers eux, les cimaises et autres pans de mur opaques se font portes ouvertes sur un territoire reformulé, subjectif, de nouvelles géographies.




4. DÆMONOLOGIE

Cove Park, Helensburgh
Scotland

Magnetic 3
Fluxus Art Projects
Ce projet s’appuie sur les imaginaires scientifiques, alchimiques et patriarcaux de l’époque moderne pour interroger les relations entre pouvoir, savoir et domination. Inspiré par les écrits de Carolyn Merchant dans The Death of Nature, il explore les métaphores sexuelles et violentes qui ont façonné la vision mécaniste de la nature, des dissections aux pratiques de laboratoire. Ce projet cherche à réinventer ces métaphores, en créant un espace où les processus organiques et indisciplinés—fermentation, érosion, transformation—retrouvent leur autonomie.L’œuvre dont le titre fait écho au livre de Jacques VI d’Écosse sur la sorcellerie, prend la forme d’une installation céramique accompagnée d’une publication. 

L’Écosse, avec ses controverses historiques sur les procès de sorcières et son récit mythologique gaélique de la la Cailleach, déesse des saisons froides et créatrice des paysages, offre un terrain fertile pour réexaminer ces récits. Sur la péninsule de Rosneath, base stratégique de sous-marins nucléaires en Atlantique Nord, le projet invite le public à une expérience sensorielle et réflexive où le contrôle laisse place à l’écoute, et où la quête de vérité scientifique devient un dialogue avec le vivant, loin des gestes conquérants qui ont marqué l’histoire.